Chronique Eloge de la blouse

Ils poussent votre porte, ils vous observent, ils sont exigeants.Vos clients sont comme ça et ils vous le disent... Il est des sujets dont l'enjeu reste somme toute modeste maisqui parviennent à provoquer de véritables schismes au sein del'officine. Le port de la blouse blanche en fait partie. D'uncôté, les chevaliers de l'orthodoxie : « Un pharmacien ou un préparateur ne sauraient se présenter àla clientèle sans leur armure immaculée. » De l'autre, les troubadours du libéralisme : « Après tout, que chacun fasse comme il l'entend ! » Ce simple constat nous autorise à penser qu'il en va des blousescomme des portes de l'isoloir : tantôt ouvertes, tantôt fermées,mais jamais les deux en même temps.

A vrai dire, que l'on s'affiche farouche partisan ou détracteurzélé de la blouse blanche n'offre guère d'intérêt. En revanche,plus étonnantes sont les véritables raisons pour lesquelles chacunimpose ou refuse à lui-même ainsi qu'à ses collaborateurs le portde ce vêtement de travail. « Dis-moi comment tu t'habilles et je te dirai quel pharmacientu es. »

« Moi, j'exige que mon personnel porte les vêtements de tous lesjours. Il faut rester moderne », se vantait un jeune titulaire parisien. Pourquoi pas ? D'autant,comme le suggèrent en douce les deux préparateurs maison, que« cela fait faire l'économie de 600 francs de prime d'équipement »... « C'est à sa blouse qu'on reconnaît le professionnel de santé », confiait doctement un pharmacien grenoblois. La remarque estjuste. Il n'empêche : il me revient de l'adolescence des souvenirs de virils arracheurs de dents et de maniaques du point de suture.Eux aussi portaient de bien belles blouses blanches... Qu'on mepardonne dorénavant de changer de trottoir. Quoique.

Des cinq pharmacies qui se disputent le bloc d'immeubles de monquartier, j'avoue choisir systématiquement celle à qui il manquetoujours l'un des médicaments prescrits. Une attitude qui ne doitrien au masochisme. Bien au contraire. La pharmacienne, une brunegentiment gironde, tire parti, bien entendu à son corps défendant,d'une blouse épousant à merveille ses formes au point d'en devenirune seconde peau. Totalement étranger au cercle des professionnels de santé, jedois confesser une jalousie maladive à l'égard de tout ceux quiportent masque, gants ou blouse. C'était déjà le cas hier au collègevis-à-vis des sections de matheux et de scientifiques, les seulsélèves admis à porter de longues blouses blanches.

Aujourd'hui c'est encore face aux mêmes devenus pharmaciens, médecins,dentistes ou chirurgiens. Méfions-nous cependant de ne pas enfaire une jaunisse ! Admirer de loin la ronde des blouses blanchesest une chose. Les fréquenter trop assidûment n'est pas forcémentun signe de bonne... santé.